SAINT-FLORENTIN D'ICI ET D'AILLEURS
  • Introduction

     « La ville de Saint-Florentin  est pittoresquement située sur le flanc d’un coteau, qui la protège contre les vents du nord. Sa belle église, bâtie sur un mamelon central, la domine : tout autour les maisons se pressent et s’étagent, descendent jusqu’à la rivière Armance, dont les eaux vont, un kilomètre plus loin, se jeter dans l’Armançon. Après avoir traversé le canal de Bourgogne que précède l’un des plus beaux ports de ce canal.

    Les lignes de chemin de fer Paris-Lyon à la Méditerranée et de Troyes à Saint-Florentin desservent la ville et lui assurent des communications faciles avec Paris, Dijon, Troyes… »

    Cette présentation de Saint-Florentin, tirée du »Guide du touriste à Saint-Florentin » de Camille Hermelin,  date par son écriture mais pas par son actualité. Saint-Florentin est bien la même ville.

    Située dans l’une des régions les plus basses de l’Yonne, celle des Vallées, Saint-Florentin bénéficie d’un climat relativement clément.

    Datant du secondaire pour la partie argile et sables et du quaternaire pour la partie alluvions des vallées, le sous-sol florentinois permet toutes les cultures. Le relief, doux et vallonné, n’offre aucune  résistance aux promeneurs et laisse les agriculteurs maîtres de leurs cultures.

    Les cours d’eau, en nombre suffisant, serpentent dans la campagne, irriguant les terres ou les submergeant en automne ou en hiver.

    Possédant des conditions climatiques raisonnables, Saint-Florentin a la chance d’être dans la zone de communication nord-sud du département, non loin de la région parisienne. Bien desservie par le chemin de fer, le canal et le réseau routier, Saint-Florentin a un destin qui a toujours changé au cours des siècles passés.

     L’histoire ancienne de Saint-Florentin est assez connue et traitée. Nous allons uniquement adresser trois points de l’évolution de Saint-Florentin : comme place militaire, comme centre ecclésiastique puis comme centre commercial.  Saint-Florentin a dû et su s’adapter aux évolutions. Mais dans quelles conditions et avec quelles conséquences ? Quel est son positionnement  en 1981 ?

    En 1981, nous avions écrit un petit livre "Saint-Florentin, une ville, un jour".  Grâce à internet, le contenu de ce livre  est mis en ligne. Le contenu est libre de droit en mentionnant l'auteur, les photographies restent la propriété de l'auteur.

     

    Patrick Lysson

     

  • Histoire

     

    Saint-Florentin se situe dans le département de l’Yonne  dont les limites furent fixées, avec grandes difficultés, par les députés de la Constituante, en 1790. La situation de l’Yonne, terre de passage ente la région parisienne et le cœur de la Bourgogne, a rejailli sur l’histoire  du département et l’a doté d’un patrimoine d’une valeur exceptionnelle et d’une rare variété.

    Saint-Florentin, comme le département, étant  une ville frontière, a largement subi les influences extérieures : l’occupation romaine dont les vestiges sont mis progressivement à jour, les invasions barbares vu la proximité des marchés de l’est, les croisades, la guerre de Cent Ans, la lutte contre le Roi de France, et le Duc de Bourgogne. Aux XII et XIIIème siècles, le commerce se développe dans l’Yonne. Il en sera de même à Saint-Florentin. Le Moyen-âge, ici comme partout sera religieux et féodal.

     

    Saint-Florentin ne sera pas étranger aux évènements nationaux qui vont marquer la France : la Renaissance, époque de laquelle date l’église de Saint-Florentin ; la Révolution semant la misère et la contestation de l’ordre établi  verra disparaître Saint-Florentin comme centre ecclésiastique.

    Le dix-neuvième siècle amènera un regain commercial de Saint-Florentin grâce à l’extension des moyens de communication.

    L’histoire de Saint-florentin a ayant déjà été largement traitée, cet ouvrage traitera seulement Trois aspects de l’histoire de Saint-Florentin : Saint-Florentin comme place militaire, puis comme centre ecclésiastique et, enfin, comme centre commercial.

    Une forteresse militaire

    Selon Moreau des Plantes, le destin de Saint-Florentin serait plus que millénaire : Jules César aurait fait, de l’acropole où était bâti un temple de flore, un camp retranché appelé Castrus Florentinus.

    Si cette hypothèse demande à  être  vérifiée, il est sûr que la ville a joué, dès l’aube du Moyen-âge, un rôle de bastion militaire auquel  le destinait son relief : elle est bâtie, en effet, sur le sommet d’une acropole, sorte de falaise bordant les plateaux champenois, dont l’escarpement domine la vallée où coulent Armance et Armançon, aux confins de la Bourgogne.

     

    Vers 880-890, les Normands essayent d’arracher Saint-Florentin aux Bourguignons. En 936, la Champagne l’arrache à la Bourgogne. Le vainqueur impose, au pays, un gouverneur avec le titre de Vicomte de Saint-Florentin.

    En 1231, Saint-Florentin, qui est devenu un marché important, peut acheter son affranchissement, moyennant une rente annuelle aux comtes de Champagne. De ce fait, il s’y créé une administration municipale : 12 échevins et un maire exercent le pouvoir politique. Il semble que ce soit, à cette époque, que se construisent de solides remparts fermant hermétiquement le Tertre où sera, plus tard, bâtie l’église paroissiale. Portes, ponts levis, douves, rien ne manque pour faire de Saint-Florentin une ville fortifiée.

    En 1285, Saint-Florentin, par le mariage de Philippe Le Bel avec Jeanne, petite fille des Comtes de Champagne, devient terre de France. D’où, la guerre de Cent ans qui va opposer les Bourguignons, alliés des Anglais, aux Français, va faire des ravages à Saint-Florentin. La ville est détruite de fond en comble en 1359. Elle tombe en 1420 entre les mains des Bourguignons, fait sa soumission à Jeanne d’Arc à son passage vers Reims en 1429.

    Les guerres de religion font des ruines à Saint-Florentin : la ville ralliée au Duc de Guise, chef des Catholiques, est assiégée en 1562, par les Huguenots et envahie en 1567. Il faut nourrir la garnison protestante, payer de lourds impôts à l’occupant. Même après l’abjuration de Henri IV en 1564, les florentinois boudent le nouveau roi et ne se rallient à lui qu’en 1595.

    La guerre de Trente Ans fait encore souffrir la ville : un lieutenant de l’empereur d’Allemagne envahit la Bourgogne et assiège Saint-Florentin. Il ne la prend pas mais il met le feu à Montleu, vers 1636.

    La paix revient. Mais la sécurité des routes alentour demande une police locale : un lieutenant et six archers sont établis en ville, dans ce but, en 1640.

    Désormais, les gens rassurés peuvent accroître leurs habitats jusqu’à déborder l’enceinte fortifiée : le faubourg de Latrécey, qui deviendra plus tard le faubourg d’Aval , est créé et s’étend sur la pente qui conduit à la rivière et au pont.

    Un centre monastique

    La colline du Prieuré reçoit, en 835, un monastère bénédictin rattaché en 1138 au monastère de Saint-Germain d’Auxerre. Près de la Porte Dilo, est fondé un deuxième prieuré vers1133, d’obédience bénédictine, relevant du monastère de Dilo dans la forêt d’Othe. Sans doute, à la même époque, un troisième prieuré s’installe à Montleu, relevant des bénédictins de Moutier la Celle. Vers 1147, à un kilomètre de la ville, près du confluent de l’Armance et de l’Armançon, est fondée la Maladrerie, bâtiments et église destinés aux lépreux, dirigée par des frères sans vœux de religion, mais ayant la vie commune, et liés, pour un temps, au maître qui assurait, avec eux, la marche et l’administration de la maison. C’est soit un laïc, soit un ecclésiastique, nommé par l’autorité municipale, et théoriquement soumis à l’archevêque de Sens.

    A  ces prieurés, il faut ajouter l’église Saint-Martin, située près de la Porte du même nom, en haut du faubourg, qui joua au XIIIème siècle et jusqu’à sa destruction vers le milieu du XIVe, le rôle de l’église paroissiale, et l’église de Saint-Florentin du Château.

    De bonne heure, toutes ces fondations reçurent des legs, des donations, des privilèges très importants. Aussi longtemps  que régna parmi les religieux et les ecclésiastiques un véritable esprit sacerdotal, le pire fût évité. Ils surent user modérément de leur force économique. Mais, avec l’introduction de la commande, en 1330, la situation se détériore. La guerre de Cent Ans qui détruit les prieurés ne met pas fin aux abus, dont certains dureront jusqu’à la Révolution Française. Ce ne  sont que querelles entre membres du clergé et moines, entre laïcs et prêtres, dont la cupidité est le plus souvent le motif. Le cléricalisme abusif du clergé local est un fait historique indéniable.

    Un centre commercial

    Si l’on considère la carte, il est facile de constater que notre ville, à la jonction de  la Bourgogne et de la Champagne, également éloignée de tout centre important, surtout pour une époque où les communications étaient lentes et coûteuses, devait tout naturellement servir de lieu d’échange de produits locaux, en particulier les denrées agricoles : le vin, les blés et céréales, les fromages, les fruits.

    Dans ces échanges, les moines jouaient un rôle important, tant ceux de Pontigny que ceux de Dilo, qui jouissaient, pour vendre le produit de leurs terres, de nombreuses franchises au détriment des autres producteurs.

    En 1660, il y a deux halles à Saint-Florentin. Et il y a déjà beaucoup de commerçants à Saint-Florentin.

    Plusieurs foires annuelles, des marchés locaux nombreux, des boutiques permanentes assurent à Saint-Florentin un développement commercial important  et une prospérité certaine. Témoins les très lourdes impositions fiscales dont fut frappé Saint-Florentin au cours des guerres citées avant, l’importance des fondations faîtes sur son territoire, la splendeur des édifices qui furent construits, eu égard à la taille relativement réduite de l’agglomération et qui étaient dus, pour une bonne part, comme en témoignent certains vitraux de l’église actuelle, à l’argent de riches marchands.

     

     

  • Situation